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En réaction au « village global » que notre planète devient un peu plus chaque jour, on assiste également à un fort mouvement de retour aux racines, une revendication affirmée de leurs origines de la part de nombreuses personnalités d’origine africaine. Parmi ceux qui misent sur le Sénégal, on entend beaucoup parler d’Akon, la star américaine du show-business. Très humblement baptisé Akon City, son projet de ville du futur s’avère pharaonique, voire un tantinet mégalo… Décryptage.

Mbodiène, un village dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, et qui n’avait pas franchement vocation à faire les gros titres de la presse internationale… Situé à une centaine de kilomètres au sud de Dakar, ce petit village de pêcheurs et agriculteurs, perdu au milieu de terres broussailleuses, elles-mêmes perdues au bout d’une route d’asphalte, ne figure pas vraiment dans le top des recherches sur Trip Advisor…

Mais qu’en sera-t-il dans 10 ans, et 6 milliards de dollars plus tard ? C’est en effet le budget et l’espace-temps que s’est fixés le rappeur Akon pour bâtir SA « ville futuriste sur le thème de la crypto-monnaie », nommément le Akoin -en toute simplicité là encore-.

Aux manettes, l’architecte libanais Hussein Bakri, basé à Dubaï, mégapole qui n’est pas sans rappeler les ambitions d’Akon City : grandes tours de verre, de bois ou de béton au design futuriste, architecture en courbes, studios de cinéma, hôtels, université, hôpitaux, aéroport, centres d’affaires et de loisir… Sans oublier une Akon Tower trônant au milieu, of course !

Tous les bâtiments seront recouverts de panneaux photovoltaïques, pour une alimentation en énergie propre, autre cheval de bataille d’Akon. Il est vrai qu’au vu du taux d’ensoleillement dont bénéficie le Sénégal, il serait dommage de s’en priver.

En compagnie du ministre sénégalais du Tourisme et des Transports aériens, Alioune Sarr, Akon a procédé, le 31 août dernier, à la pose de la première pierre de la ville. La réalisation du projet est prévue en deux phases. La première, planifiée pour le cours du premier trimestre de l’année 2021, devrait s’achever en 2023, s’étendant sur 55 hectares. La deuxième phase se déroulerait quant à elle de 2024 à 2029, s’étendant sur les quelque 500 hectares destinés à accueillir la cité et toutes ses infrastructures.

Tous les bâtiments seront recouverts de panneaux photovoltaïques, pour une alimentation en énergie propre, autre cheval de bataille d’Akon

Booster pour le tourisme local, voire mémoriel -Akon mise sur le retour d’Afro-Américains ayant soif de retrouver leurs racines-, ou coup de pub géant inexorablement voué à dénaturer une région aux traditions ancestrales ? Sur place, l’excitation le dispute à l’inquiétude. Compte tenu de son standing, Akon City, si elle voit le jour, risque fort d’être réservée à une élite fortunée, et ne fera qu’importer les clivages occidentaux entre les classes sociales. Déjà, on parle d’un manque de transparence structurelle, et le coordinateur général du Forum civil, la section sénégalaise de l’ONG Transparency International, demande que des investigations officielles soient diligentées sur « le montage financier, l’actionnariat, la propriété de l’assiette foncière, les conditions de cession du foncier, les études d’impact réalisées, l’ordre juridique applicable à la cité, son mode de gestion, de gouvernance et de fonctionnement ».

Inquiétudes corroborées par l’imam Ahmadou Mokhtar Kanté, très actif quant aux problématiques d’intérêt public. Selon lui, « cette affaire s’intègre dans une dynamique de privatisation du littoral, de multiplication des scandales fonciers et d’un développement inégal du pays ». Lui aussi requiert la mise en place d’une enquête parlementaire et exige « la mise à disposition des Sénégalais du cahier des charges et des études d’impact social et environnemental ».

L’Akoin, une monnaie… cryptique
Dans certaines régions reculées d’Afrique, une partie importante de la population n’a pas accès aux services bancaires mais dispose néanmoins de smartphones. L’Akoin, dont son créateur espère qu’il sera utilisé dans toute l’Afrique et conçue sur le réseau de paiement Stellar, vise à résoudre ce hiatus. Selon le site internet du projet, « Akoin est une cryptodevise alimentée par un marché d’outils et de services qui alimentent les rêves des entrepreneurs, des propriétaires d’entreprises et des activistes sociaux qui se connectent et s’engagent dans les économies émergentes d’Afrique et d’ailleurs ». Depuis de nombreuses années, Akon vante les mérites de la technologie blockchain, affirmant qu’elle est susceptible de jouer un rôle déterminant pour le développement des territoires défavorisés.

Alors, bien sûr, on peut sourire ou s’inquiéter de ce qui, sous certains aspects, s’apparente -toutes proportions gardées- à un ego trip façon Ceaucescu des grandes années, mais il n’en reste pas moins que le défi a le mérite de mettre l’Afrique en lumière, de jeter des ponts entre technologie et écologie et peut-être, à terme, faire des émules sur un vaste continent où tant reste encore à faire.

La cité futuriste sera bâtie sur le site d’un petit village d’agriculteurs côtier, à une centaine de kilomètres au sud de Dakar