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L’éminent microbiologiste français, fortement critiqué en Europe pour sa prise de position en faveur de l’hydroxychloroquine dans le cadre du traitement du Covid-19, a été décoré le 30 mars au Sénégal de la plus haute distinction nationale par le président Macki Sall.

En visite à Dakar à la fin du mois de mars, le professeur Didier Raoult a été reçu par le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, et par le chef de l’État du Sénégal, Macky Sall. Ce dernier l’a élevé à la dignité de commandeur dans l’ordre national du Lion pour son travail remarquable sur la pandémie. La visite s’inscrit logiquement dans le cadre des recherches du professeur sur l’émergence des variants du Covid-19. Le professeur officie comme directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection à Marseille, qui collabore avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD), un organisme français représenté au Sénégal. Le centre de Marseille est également un partenaire de l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (IRESSEF) sénégalais, dirigé par le professeur Souleymane Mboup, avec lequel le professeur Raoult entretient d’étroits rapports professionnels.

Ces travaux portent notamment sur l’étude d’un certain variant du SARS-CoV-2 identifié à Marseille et qui aurait le Sénégal pour origine, après que la souche originelle avait été importée du sud de la France. L’hypothèse actuellement développée, comme l’a expliqué le professeur à son retour en France dans la vidéo hebdomadaire d’information produite par l’IHU, est que la souche du virus importée d’Europe a trouvé un hôte animal au Sénégal, possiblement le singe vert pour y produire ce variant qui se serait retransmis à l’homme et aurait voyagé à Marseille, ce qui est confirmé par sa découverte chez des marins et passagers de bateaux en venant du Maghreb.

« Je pense que la stratégie décisionnelle a été raisonnable et cela ne m’étonne pas parce que j’ai vu des conseillers scientifiques qui sont dans leur rôle, qui ne se substituent pas à la politique.”

Didier Raoult

L’hydroxychloroquine au Sénégal
Pour rappel, Didier Raoult enseigne à la Faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille et est devenu rapidement une référence médiatique mondiale lorsque son équipe a proposé dès le début de la pandémie un traitement contre le virus à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine. Son protocole est alors devenu un sujet de controverse en France, puis à l’étranger, culminant dans la publication en ligne le 22 mai 2020 d’une étude dévastatrice à l’encontre de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 par la revue médicale de référence britannique The Lancet. Submergée par les critiques de scientifiques du monde entier, l’étude a finalement sombré quelques semaines plus tard après la rétractation de trois de ses quatre auteurs.

La publication de l’étude avait immédiatement entraîné la cessation des essais sur l’hydroxychloroquine par l’OMS, qui ne les a pas repris malgré le retrait de la publication par The Lancet. Absolument pas découragé par les décisions de l’OMS, le Sénégal avait de son côté poursuivi ses recherches sur un traitement utilisant l’hydroxychloroquine associé à l’azithromycine, selon les déclarations du responsable de la prise en charge médicale des malades au Sénégal, le docteur Moussa Seydi, relayé par les médias internationaux.

Pour valider leur stratégie, les autorités sénégalaises ont fait paraître fin mars 2020 une analyse qui montrait clairement une réduction de la durée d’hospitalisation, alors que le pays faisait face à une augmentation constante de cas. Le professeur Seydi invoquait une réduction plus rapide de la charge virale chez le malade traité avec l’hydroxychloroquine et une bonne tolérance au médicament. Le médecin avait souligné qu’elle n’était administrée qu’en milieu hospitalier avec l’accord du patient et accompagnée d’un électrocardiogramme. Les résultats de l’analyse préliminaire avaient validé sa stratégie en montrant que, sur 181 patients, la durée médiane d’hospitalisation était de 13 jours pour les malades n’ayant reçu aucun traitement, 11 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine seule, 9 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine (antibiotique), et même 8 pour ceux ayant consulté tôt et commencé le traitement dans les 24 heures.

Le professeur Raoult reçoit les honneurs au Sénégal
Les professeurs Souleymane Mboup et Didier Raoult, à L’IRESSEF de Dakar, lors de la conférence de presse du 31 mars

Didier Raoult, le Sénégalais
Au Sénégal, le professeur Didier Raoult est chez lui, puisqu’il est né à Dakar et y a passé les neuf premières années de sa vie. Il a gardé avec son pays de naissance un fort lien affectif. Il a vécu dans le bâtiment qu’avait fait construire son père, professeur de médecine tropicale dans le service de santé. Pendant cinquante ans, ce dernier s’est occupé de la nutrition tropicale juste en face de l’Institut Pasteur de Dakar. Le destin du futur professeur de microbiologie était ainsi tout tracé…

Son audience avec le chef de l’État a permis au célèbre scientifique et médecin d’apprécier positivement la riposte anti Covid-19 dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. S’exprimant au cours d’une conférence de presse, le professeur a vanté la qualité de l’expertise locale : « Je trouve que la stratégie de décision qui nous a été expliquée par le directeur et le ministre de la santé a été excellente, et que ceci a amené à ce que les choses se passent bien ». Le professeur en a profité pour lancer quelques piques à destination des autorités sanitaires européennes, faisant allusion aux attaques dont il a été victime de la part de nombreuses personnalités du monde médical et médiatique français dans la défense de son protocole de traitement du Covid-19 à base d’hydroxychloroquine : « Cela me paraît être plus proche que ce que je crois être la raison, en comparaison à ce qu’il s’est passé dans de nombreux endroits. Je pense que la stratégie décisionnelle a été raisonnable et cela ne m’étonne pas parce que j’ai vu des conseillers scientifiques qui sont dans leur rôle, qui ne se substituent pas à la politique », a-t-il ajouté.

S’exprimant également lors de la conférence de presse, le Ministère de la santé et de l’action sociale a ajouté que les échanges du professeur avec les autorités sénégalaises portent « également sur le transfert de technologies en matière de recherche ».