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Sans doute l’un des rares sujets faisant l’objet d’un consensus, si ce n’est quant à sa mise en œuvre, du moins sur son principe, la végétalisation du milieu urbain voit fleurir de nombreuses idées et initiatives depuis des décennies. Parmi lesquelles la végétalisation de nos toits, une piste particulièrement intéressante…

L’année 2013 aura été pour Genève celle de l’adoption du plan Urbanature, formalisant la végétalisation en milieu urbain via une batterie de mesures concrètes. Depuis l’entrée en vigueur de ce programme, le Service des espaces verts a planté près de 1200 arbres et quelque 1,7 million de plantes fleuries sur l’espace public.

Alors conseiller administratif en charge du Département de l’environnement urbain et de la sécurité, Guillaume Barazzone expliquait que «  pour la première fois, le Conseil administratif de la Ville se dote d’un plan stratégique de végétalisation qui permettra de limiter les effets du réchauffement climatiques en centre-ville tout en maintenant une qualité de vie agréable pour les habitantes et habitants  ».

Au-delà des projets saisonniers et aménagements durables adoptés çà et là, Urbanature représentait le premier plan d’action englobant une vision à long terme en matière de végétalisation de la ville.

Genève se dotera d’ailleurs quelques années plus tard d’un Plan stratégique de végétalisation 2030 (PSV 2030) qui présente quant à lui une vision à long terme d’un développement urbain contrôlé, avec une augmentation de la part du végétal en ville.

En 2016, trois jeunes Genevoises, Léonore Baehler, Diane Henny et Nathalie Neukomm remportaient la deuxième place du Prix Iddea – qui encourage les initiatives de développement durable – pour leur association Terrasses sans frontières visant à végétaliser les toitures plates de Genève et faire bénéficier la ville et ses habitants des nombreux avantages de cette mise au vert.

Dans ce même élan, un groupe de Verts propose un projet de loi en septembre 2020 visant à rendre obligatoire la végétalisation des toitures plates lors de toute nouvelle construction ou en cas de rénovation dans le canton.

« Cela amène de la biodiversité en ville bien sûr mais c’est aussi un avantage pour l’isolation des bâtiments. » 

Quelle que soit notre sensibilité politique, il faut admettre que les arguments des initiants ne manquaient pas de sens : «  Cela amène de la biodiversité en ville bien sûr mais c’est aussi un avantage pour l’isolation des bâtiments. Cela joue aussi un rôle très important dans la gestion des eaux de ruissellement, dans la rétention de l’eau (…) Ça permet également d’améliorer le climat urbain général, en apportant de la fraîcheur. C’est donc bénéfique à de multiples égards.  » Une stratégie permettant de compenser partiellement les espaces verts perdus au sol avec la densification, et notamment obligatoire dans le canton de Bâle-Ville.

Bien que recueillant l’assentiment général dans ses grandes lignes, le projet ne sera pas adopté, les détails de sa mise en application ne faisant pas l’unanimité et les députés privilégiant l’incitation à l’obligation.
La piste de réflexion est toutefois prometteuse et mérite qu’on s’y attarde. En effet, selon Pierre-André Frossard, professeur à la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hépia) en filière gestion de la nature, «  On parle d’environ 150 hectares qui seraient végétalisés alors que potentiellement, il y a plus de 700 à 750 hectares qui seraient végétalisables. On remarque donc bien que la marge de progression est importante.  »

Si l’on en croit l’association Terrasses sans frontières précédemment évoquée, la végétalisation des toitures ferait office de panacée. Elle permettrait en effet la captation des particules fines, la réduction des îlots de chaleur, un apport esthétique indéniable, mais également l’absorption des bruits de la ville par le substrat des plantes, favoriserait la biodiversité, l’isolation thermique du bâtiment, la protection de l’étanchéité et la rétention de l’eau de pluie.

Qui plus est, combinée à une installation photovoltaïque, la végétation rafraîchit les panneaux solaires et améliore leur efficacité au-delà de 25° C, toujours selon Terrasses Sans Frontières.

Enfin, pour ce qui a trait aux incitations financières, il convient de relever qu’en cas de végétalisation des toitures et selon certains critères, en particulier l’épaisseur du substrat, les propriétaires genevois peuvent prétendre à des abattements substantiels de la taxe unique de raccordement (TUR) pour la composante « eaux pluviales ». En outre, s’ils démontrent un réel apport pour la biodiversité, des projets évalués au cas par cas sont soutenus par l’Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN).

D’ici à la végétalisation généralisée de nos toitures, faudra-t-il attendre que de l’eau ait coulé sous les ponts ?